Pour un respect des droits des détenus : la CNDH du Togo visite les prisons civiles du pays
Les conditions de vie et de traitements réservés aux détenus, particulièrement au regard de leur intégrité physique, de leur logement, de leur alimentation, des soins médicaux à eux administrés, des conditions sanitaires, de la gestion judiciaire de leurs dossiers, etc., permettent d’apprécier le respect ou non des droits des personnes privées de liberté.
Après un tour d’horizon des différentes prisons civiles, un constat général s’impose : la surpopulation carcérale. Cette surpopulation est très perceptible dans les prisons civiles de Dapaong, Bassar, Atakpamé et Notsé, pour ce qui concerne les prisons de l’intérieur du pays, et surtout dans les prisons situées dans la Région Maritime, notamment celles de Lomé, Aného, Vogan et Tsévié. Par contre, dans les prisons de Sokodé, Kara, Kanté et Mango la population carcérale est très inférieure à leur capacité d’accueil.
L’on se demande si cette surpopulation carcérale n’a pas contribué à de nombreux cas de décès enregistrés cette année dans certaines prisons du pays telles que les prisons civiles d’Aného, de Dapaong et surtout de Lomé.
Dans la plupart des prisons du pays, le nombre de prévenus est souvent plus élevé que celui des condamnés. Cela s’explique certainement par le fait que les détenus accusés de crime ne sont pas vite jugés. Certains font sept (07) voire huit (08) ans sans jugement. La raison évoquée par certains magistrats est que les cours d’assises (de Lomé et de Kara) ne tiennent que deux (02) sessions l’an, ce qui constitue un handicap pour ces prévenus qui ne sont pas rapidement fixés sur leur sort. Cette longue détention préventive constitue une violation des droits de l’homme qui voudraient que la liberté soit la règle et la détention l’exception.
De plus, la séparation des prévenus des condamnés n’est pas effective dans l’ensemble des prisons visitées. Toutefois, elle l’est en ce qui concerne certains groupes catégoriels tels les mineurs, les femmes, les personnes atteintes de maladies contagieuses comme la tuberculose. En effet, des quartiers pour mineurs et pour femmes sont institués dans toutes les prisons, de même que des cellules d’isolement pour les personnes souffrant de maladies contagieuses.
S’agissant des mauvais traitements, il est à noter qu’en dehors des corvées instituées dans pratiquement toutes les prisons pour punir les prisonniers indélicats ou récalcitrants, aucun cas de torture n’a été signalé, ainsi que l’ont reconnu la plupart des détenus interrogés.
Sur le plan alimentaire, la ration servie aux détenus est moins consistante tant en quantité qu’en qualité. Dans toutes les prisons visitées, elle est d’un repas par jour, soit trois (03) boules de pâte servie à midi, et parfois de la farine du manioc communément appelée « gari ». Cependant, les prisonniers ont la possibilité de compléter cette ration par des offres des parents ou amis. Mais, le payement du droit de visite (300F voire 200Fou 100F selon les prisons) limite en pratique cette possibilité, ce qui fait qu’en définitive, la ration se révèle insuffisante quantitativement et qualitativement.
Si autrefois le repas servi se composait alternativement de pâte, de haricot et rarement de riz, les régisseurs ont relevé que depuis le début de cette année 2012, le haricot et le riz ne leur sont plus envoyés. Des efforts doivent donc être faits afin d’améliorer la qualité des repas servis aux personnes privées de liberté.
Sur le plan logement, les bâtiments devant abriter les détenus se révèlent insuffisants dans certaines prisons. Les couchettes des détenus sont constituées de nattes. Ces nattes sont par endroits insuffisantes, usées et non remplacées, ce qui peut être à l’origine de transmission de certaines maladies de la peau comme la teigne ou la gale.
Sur le plan sanitaire, il est souvent signalé dans la plus part des prisons visitées des cas de maladies, comme le paludisme, les maux de tête, de ventre, la toux, la grippe, la parasitose intestinale, etc. Certaines prisons sont dotées d’infirmiers alors que d’autres ne le sont pas. Celles qui en disposent ne sont pas pourvues en médicaments depuis le dernier trimestre de l’année 2011. Ainsi, en cas de maladies graves, les patients sont systématiquement évacués dans les hôpitaux, à la charge des familles des prisonniers ou de certains bienfaiteurs.
Les conditions d’hygiéne sont très déplorables dans nombre de prisons. Il n’est pas aisé de respirer dans certaines prisons en raison des mauvaises odeurs dégagées par la forte concentration des détenus. C’est le cas dans les prisons civiles de Dapaong et de Lomé. Dans certaines prisons, les détenus se plaignent du manque de produits (détergents) pour l’entretien des locaux. Dans d’autres, ils apprécient la magnanimité de l’ONG Prisonniers Sans Frontières (PSF) qui leur fournit l’essentiel du matériel d’entretien.
Le droit à l’information des personnes privées de liberté est garanti et protégé dans toutes les prisons civiles du pays. En effet, mis à part des postes téléviseurs offerts par l’Administration Pénitentiaire, certains détenus disposent dans leurs cellules de leurs propres postes téléviseurs et des postes de radio. "Ils sont mieux informés que vous. Ce sont eux qui nous ont informés ce matin de la nomination du nouveau Premier Ministre, Monsieur Arthème Séléagodji Ahoomey-Zunu", a déclaré un Chef de Prison.
Ce qui est rassurant c’est que les relations au sein des prisons, c’est-à-dire, les relations entre les prisonniers et l’administration pénitentiaire d’une part, et entre les prisonniers eux-mêmes d’autre part, sont bonnes dans l’ensemble.
Il y a lieu de souligner que cette visite des prisons civiles du pays s’inscrit dans une dynamique de préparation de la Commission à abriter le Mécanisme National de Prévention de la Torture (MNPT).
On se rappelle que les 25 et 26 juin derniers la Commission Nationale des droits de l’Homme, en collaboration avec le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) Bureau du Togo, avait jeté les bases de ce dynamisme en organisant un atelier de réflexion sur les capacités de la Commission à jouer le rôle de Mécanisme National de Prévention de la Torture.
La prochaine tournée conduira la Commission dans les autres centres ou lieux de détention à travers le pays.
Innocent POPOLE/CNDH-TOGO